Biais d'humeurs

Chroniques de mes lectures et réflexions ordinaires. Ce blog rassemble aussi bien des impressions de lectures que des réflexions et expérience sur d'autres domaines tels que la maternité.

27 nov. 2009

Un long dimanche de fiançailles, de Jean-Pierre Jeunet

2391Je n'aurai finalement pas tenu si longtemps que cela, et c'est avec une certaine appréhension mêlé d'impatience que je me suis décidée à regarder enfin l'adaptation du roman de Japrisot que j'avais découvert il y a quelques semaines. J'aime assez, pour ma part, regarder ce que peut donner un bon roman porté à l'écran, tout comme certains films m'ont parfois permis de découvrir des oeuvres que je n'aurais peut-être jamais lues sinon ; toute la difficulté réside cependant dans la substitution des images que l'écran opère sur les images créées par notre imaginaire. Je n'aime pas qu'un visage que je n'ai pas choisi vienne effacer, occulter celui que l'auteur a su faire émerger dans la brume, rêveuse, tissée par la conscience tout entière attachée à sa lecture. Si l'adaptation est réussie, relire le roman fait à nouveau réapparaître ce visage originel, et celui de l'acteur disparaît - c'est à cette aune, en partie, que je juge de la réussite d'une adaptation. Pour moi, je l'ai déjà mentionné autre part, il doit y avoir création réelle, que le cinéaste s'empare d'une histoire et qu'il la fasse sienne, quitte à transformer, modifier le cours de l'histoire, les réactions des personnages - en ce sens (mais je me répète), Shining est sur ce point exemplaire.

un_long_dimanche_de_fiancailles_2401Un long dimanche de fiançailles entre sans nul doute dans cette catégorie. Mais, au départ, presque trop. La pléiade d'acteurs choisis pour incarner, tour à tour, les personnages qui se succèdent au cours de l'histoire, sont quasi les mêmes que ceux que Jeunet emploie pour créer l'univers si particulier du Fabuleux destin d'Amélie Poulain. A tel point que le souvenir de ce film, de son ambiance, de ses personnages, prend toute la place, occupe tout l'espace, et ne me permet pas dans un premier temps d'adhérer à cette histoire nouvelle. J'y vois tous les artifices, je vois les acteurs jouer, j'ai l'impression d'un défilé, d'une revue des acteurs français actuels, dans le vent ou pas. J'ai en mémoire aussi cependant le roman que je viens de lire, et je tente de faire coller les deux... au bout de quelques minutes, la fusion finit par s'opérer, et tout prend son sens : la transposition a eu lieu. 

un_long_dimanche_de_fiancailles_18375Il y a des écarts par rapport au roman, mais ils ne sont pas artificiels. Le langage visuel emploie un trajet différent de celui des mots. La narration se fait naturellement, les acteurs se transforment en personnages : je ne les vois plus, mais je comprends ce que peuvent ressentir Mathilde, Bastoche, Veronica, Manech... Tout l'univers de Jeunet est réemployé, réinvesti au service de cette histoire, de cette violence-là qu'il parvient à nous dire toujours dans une tonalité poétique, tandis que je craignais dans les premières minutes que le roman n'ait été qu'un prétexte à la redite d'émotions et d'images déjà dites chez Amélie. Je venais de lire le roman, et voici que je me fais tout de même surprendre. Magnifique scène entre la femme du capitaine Gordes (Jodie Foster, merveilleuse) et son amant d'un jour, magnifiques et émouvantes scènes dans les tranchées, terrible détermination de celle qui est en colère, si amère et si belle...

S'il y a bien une scène qui demandait une certaine délicatesse, c'est la scène finale, et c'est celle finalement que je redoute... mais avec pudeur, et une mélancolie d'enfant, le réalisateur ne fait aucun faux pas. Jusqu'à la dernière minute, je suis saisie, admirative, emportée par l'image, et la musique.un_long_dimanche_de_fiancailles_2397

Un fil, mais deux oeuvres ; ces "long dimanche de fiançailles" se répondent d'un langage à l'autre.

 

23 nov. 2009

Le Soleil des Scorta, de Laurent Gaudé

Comment revenir à un auteur dont on a tant aimé la première oeuvre lue ? Comment prendre le risque de ne pas voir le charme à nouveau opérer, de ne pas être emporté là encore comme par une brusque vague de plaisir, page après page ? Et comment, cependant, résister à la tentation d'ouvrir un nouvel opus, de retrouver l'univers si particulier, si propre à un auteur que l'on a découvert avec une réelle émotion ? 

scortaaTelles étaient les interrogations qui m'ont accompagnée tandis que je m'apprêtais à emprunter, enfin, Le Soleil des Scorta, dont le titre me fascinait déjà, mais pas autant que le nom de son auteur, dont j'avais découvert récemment La Mort du Roi Tsongor avec tant de ravissement et de bonheur. De Gaudé, j'avais eu le temps depuis de parcourir deux nouvelles au détour de préoccupations pédagogiques. J'y avais retrouvé l'écho lointain d'une voix, à laquelle la dimension réduite de la nouvelle toutefois ne permettait pas de réellement résonner. Je me promettais de longues minutes de délices - et puis, c'est tout de même un prix Goncourt ; je m'en défie souvent mais là je ne pouvais qu'accorder au jury par avance le bénéfice d'une heureuse lucidité.

Seulement voilà. Parfois il est des auteurs desquels on commence par lire peut-être le meilleur, et dont il nous semble ensuite finalement, que les oeuvre suivantes ne sont plus que la pâle, légère redite du bonheur initial. Telle fut pour moi la lecture du début du Soleil des Scorta. J'y ai retrouvé, assez vite, la tonalité que j'avais appréciée dans La Mort du roi Tsongor, mais l'écriture quasi incantatoire, par redite, m'a trop rapidement agacée. Pourtant les noms se prêtent volontiers à une mythification quasi instantanée des personnages, et l'histoire se laisse suivre avec un relatif plaisir. Certains passages sont magnifiques - je ne peux le nier, je reste malgré tout sensible à cette particulière tournure d'écriture de Laurent Gaudé, et l'émotion fonctionne parfois à plein - mais les ficelles de temps à autre, se laissent entrevoir, me font sourire ou m'irritent... Certains mots mêmes réussissent à me gâcher le plaisir de la lecture, comme le tabac, ou le bureau de tabac, dont la tonalité et le référent prosaïque m'ont paru si mal s'accorder avec la lente et hypnotisante spirale du récit.

Le début est mené de main de maître : écrasés de chaleur, cheminant lentement avec le personnage qui s'avance, nous sommes plongés au coeur des Pouilles et l'on peut même sentir sur le palais la sécheresse âcre des pierres. Tous les passages relatifs d'ailleurs à la chaleur, l'étouffement, la sécheresse et la dureté de la pierre, sont intensément menés - de même les épisodes nocturnes sur la barque, au coeur de la nuit et sous le ciel étoilé, lorsque nous accompagnons Donato dans sa quête éperdue de solitude... de beaux moments, dans lesquels on sent l'auteur vivre, revivre d'intenses souvenirs, sans nul doute. Il n'en est pas de même pour les tentatives des Scorta d'aller à New York, ville dont le nom même sonne au coeur du roman comme une fausse note.

Cette saga familiale qui n'en est pas une me rappelle lointainement les Cent ans de solitude que j'ai tant aimé dans les lectures de ma jeunesse étudiante, mais n'en a ni la complexité ni la profondeur - je reste dans l'expectative, mesurant l'immense potentiel de la narration et de la voix qui m'avait ravie, curiosité et attente jamais totalement comblées ; je reste sur ma faim, oui, un peu déçue, toujours au bord du bascul dans cet ancien ravissement, jamais complètement retrouvé. Reste à savoir si Eldorado, posé en équilibre léger au sommet de la pile de livres qui tentent chacun d'emporter la place réservée au prochain billet, saura me faire pardonner à l'auteur cette déception plutôt inattendue.

 

Posté par Melmelie à 21:30 - Littérature - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

10 nov. 2009

Un long dimanche de fiançailles, de Sébastien Japrisot

SiteLongDimancheFiancaillesJ'avais entendu parler de ce titre à l'occasion de la sortie du film, mais je n'avais pas saisi dans l'immédiat qu'un roman en était à l'origine. Aussi quand par hasard j'ai pu emprunter ce livre je n'ai pas hésité, ne sachant pas néanmoins de quoi il retournait. La découverte du sujet de la première guerre mondiale et des tranchées m'a, dans un premier temps, plutôt refroidie : traumatisée par les récits concernant la seconde, je n'avais guère envie de me plonger dans un thème difficile.

De fait, hormis l'attaque et les premières pages du roman, racontant la longue, lente et douloureuse marche de 5 soldats condamnés pour s'être volontairement mutilés, à travers le glacial itinéraire des tranchées boueuses, la lecture du roman m'a demandé un certain effort. Car ce n'est pas vraiment d'un récit de guerre dont il s'agit, mais de la quête et de l'enquête d'une des femmes des condamnés, Mathilde, promise à celui que l'on surnomme le "Bleuet", qui désespérément cherche à comprendre ce qui s'est réellement passé dans la nuit du samedi au dimanche, ce qu'il est vraiment advenu de Manech en ce dimanche particulier, celui où, en guise de condamnation, les 5 soldats ont été jetés, poings liés, à la merci des balles ennemies, dans la tranchée de Bingo Crépuscule. L'enquête est laborieuse, longue, difficile, les avis se contredisent, sauf à l'aboutissement d'une seule certitude : Manech est mort ce jour-là. Mais comment ? dans quelles circonstances ? et comment expliquer certaines des lettres écrites par les condamnés à la veille de ce jour, étranges paroles si on les replace dans la bouche de celui qui sait qu'il va mourir...

Petit à petit, Sébastien Japrisot réussit à attrapper son lecteur, à lui faire prendre goût à cette enquête pas si simple, à le faire passer avec Mathilde de l'espoir au renoncement, sans que jamais malgré tout la lueur d'espoir qui pousse le personnage ne s'éteigne vraiment. Des lettres de poilus, nous en connaissons; des atrocités commises pendant la guerre et des sacrifices inutiles, nous en avons entendu parler. Mais le récit ici nous surprend malgré tout, car le cheminement tortueux de l'enquête est finement mené, alternant phases de récit, de lettres, de témoignages, ne donnant jamais rien au lecteur pour acquis, ne cessant de le pousser lui aussi en avant, plus loin, dans la quête de savoir. Les personnages se succèdent, créant ainsi une galerie de témoignages, des caractères se découvrent, des réputations s'établissent, des a priori aussi, confirmés, démentis, soumis à la sagacité de l'enquêtrice. On se prend au jeu, on s'y attache, on veut savoir. Savoir si Manech est vivant, non, on ne se pose pas franchement la question, mais avec Mathilde nous cherchons le pourquoi des choses, le déchiffrement des rouages internes si particulier aux systèmes en tant de guerre. Et l'atout certain de ce récit est de ne jamais sombrer dans le pathétique ou le morbide, de ne jamais s'apitoyer, tout en exposant les faits révoltants qui se sont déroulés. Le lecteur est ainsi sollicité au plus intime de ses émotions et s'approprie l'histoire, la vit avec son personnage pas si secondaire, n'en croit pas ses yeux jusqu'au terme du récit. Mais ces effets de surprise ne sont en rien artificiels, on ne voit rien venir; pas plus que le personnage on ne pouvait anticiper ou prévoir...

Ce que l'adaptation fait du roman, je ne le sais pas encore, mais j'attendrai que se passe quelque temps, afin de ne pas définitivement brouiller les images et les personnages qu'abrite encore ma mémoire.

 

Prix interallié 1991.

04 nov. 2009

La Dame à la Licorne, de Tracy Chevalier

&g

la_dame___la_licorneEmportée récemment par mon enthousiasme pour La Jeune fille à la perle, je me suis lancée dans la lecture de La dame à la licorne avec cette appréhension que l'on a parfois, avant de lire un deuxième opus d'un auteur que l'on a aimé. Allais-je être déçue, et cette déception allait-elle affecter le jugement même porté sur le premier roman ? Ou bien allais-je ressentir le même plaisir, voire davantage ?

Le début du roman, dont Nicolas des Innocents est le narrateur, nous conte sa rencontre avec le commanditaire d'une tapisserie en plusieurs tableaux, pour habiller et réchauffer les murs d'une vaste pièce, et pour célébrer la gloire et les armoiries de la famille de Jean Le Viste. Mais ce n'est pas lui que Nicolas rencontre tout d'abord, mais sa fille Claude, vers laquelle il est irrésistiblement attiré. Nous découvrons un aperçu de la famille, de ses membres et l'intérêt est hautement engagé quand soudain la narration bascule... et un tout autre personnage prend la parole pour narrer les choses de son point de vue. Je dois avouer que j'ai été tout d'abord vraiment agacée par ce changement, que je jugeais d'abord artificiel, superflu, dénué d'intérêt. Et puis, une fois admis que je n'aime pas être bousculée quand je suis confortablement installée dans un système narratif, je me suis laissée prendre à cette deuxième voix. Puis à la troisième, à la suivante... Car finalement ce changement régulier assure au lecteur une meilleure compréhension de l'histoire et de ses enjeux, et permet de varier - sans que cela tourne à la virtuosité, loin de là - les styles, et surtout les préoccupations intimes de chacun.dame1

Comment, d'une tapisserie guerrière et très "mâle", en vient-on à tisser 6 tableaux représentant à des degrés divers des dames et des licornes ? Quel est le sens de lecture de cette tapisserie, et même, n'y en a-t-il qu'un ? Tout en narrant un récit bien mené, le texte explique, tisse petit à petit l'histoire de cette tapisserie et de ses significations. Pour autant, la construction des personnages et de leurs rapports ne sont pas négligés et savent capter l'intérêt du lecteur. Il y a une certaine émotion, une certaine mélancolie dans les histoires de Tracy Chevalier, qui me plaisent assez. Lorsqu'à la fin du roman, en une page elle explique comment l'imagination a bâti son histoire à partir de certains détails, suppositions, on est presque déçu, et en même temps charmé.

dame2Sans connaître la fameuse tapisserie, j'ai aimé en découvrir l'histoire et les détails petit à petit, et lorsqu'enfin le roman terminé je suis allée en voir des reproductions, j'avoue que l'émotion que l'on éprouve naturellement à contempler une belle oeuvre n'en a été qu'amplifiée. D'ailleurs, aurais-je même éprouvé le moindre plaisir à la regarder sans avoir lu le roman ? je ne pense pas... La collections Palettes propose une belle analyse de La Dame à la Licorne, et permet d'en saisir les significations symboliques. Un documentaire de 30 minutes que l'on ne peut visionner toutefois sans penser à Claude, Nicolas ou encore Aliénor...

Posté par Melmelie à 10:20 - Littérature - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

02 nov. 2009

Lectures du week-end

C'est souvent plus fort que moi : dès que je suis autre part que chez moi, si mon regard a le malheur de se poser sur un livre négligemment posé sur le rebord d'un meuble, ou pire, sur une bibliothèque, je ne peux m'empêcher de saisir, feuilleter... et parfois lire intégralement l'ouvrage attrapé.

un_secret_grimbertAinsi hier soir ai-je lu Un secret de Philippe Grimbert. J'en avais souvent entendu parler, je savais qu'une adaptation en avait été tirée, mais j'en ignorais en réalité jusqu'au sujet. Lorsqu'aux premières pages j'ai compris qu'il allait s'agir de la Shoah, j'ai hésité. Depuis Les Bienveillantes j'ai peine à lire un ouvrage à ce sujet... ou il faut que l'auteur soit bon. Manifestement je dois reconnaître cette qualité à P. Grimbert puisque j'ai poussé jusqu'au terme du récit. C'est que les histoires de fratries imaginaires me plaisent en général, et si j'ai pensé m'ennuyer dans les premiers moments, plus j'ai poursuivi et plus j'ai été captivée par la forme de la narration, qui s'apparente au brouillon en quelque sorte : j'essaie, puis je retouche, puis je réécris et je recompose, cela au cours d'une quête qui n'a rien de policier. Il suffit d'écouter et aussitôt de substituer aux visions de l'imaginaire celles que l'esprit recompose à partir de la vérité. Pas de complaisance dans le pathétique, de vrais effets de surprise aux moments où l'on pense avoir vraiment tout deviné, et la douleur restreinte qui court sous la voix du récit... jusqu'aux dernières pages, j'ai aimé cette voix et j'ai eu le sentiment encore fugitif de peut être pouvoir comprendre. Encore davantage que des récits comme celui-là, sont puissamment nécessaires. Pas un grand bouleversement de lecture, mais une atmosphère mélancolique qui a réussi à envahir la pièce où je me trouvais, une fois le livre refermé.


Aucun rapport avec le livre lu ce matin : Hygiène de l'assassin, d'Amélie Nothomb.HygieneAssassin Mon premier Nothomb. Oui, je sais, je ne suis pas en avance sur mon époque... je suis sans doute l'une des dernières à n'avoir jamais ouvert celui-là, ou le plus connu peut-être Métaphysique des tubes. Jusque-là, je n'en pensais rien, ou pas forcément du bien (le personnage d'auteur ne m'a jamais franchement emballée) mais comme j'aime bien savoir de quoi il en retourne vraiment, je me suis laissée tenter. Plus vite que pour le Grimbert, j'ai été assez captée par les premières pages et l'habileté à créer l'atmosphère, mettre en place les données de l'histoire. Un roman tout en dialogues, voilà qui m'effrayait quelque peu (je n'aime pas lire le théâtre et la pratique récurrente du dialogue dans le genre policier est ce qui me déplaît le plus). Et de fait, passé l'amusement des premiers entretiens, je sentais l'ennui me gagner, et la désagréable impression parfois qu'on me donnait une leçon sans me l'avouer... fort heureusement le dernier entretien relance vraiment l'intérêt et redonne une cohérence à l'ensemble. Finalement, sacré tour de force que celui de raconter quasiment uniquement à partir de paroles, de faces à faces. Bon, je ne savais pas trop comment tout cela allait finir, mais cela finit en somme de manière cohérente et relativement satisfaisante pour l'esprit. Je dois reconnaître que j'ai bien aimé, et si je n'aime toujours pas le personnage d'auteur, je me sens peut être prête à renouveler l'expérience...

Avant-hier j'ai attrapé sur le rebord d'un meuble Et après... de Guillaume Musso. De l'auteur, et_apr_sje n'avais entendu que le pire. Succès facile, littérature déclassée, pas de la littérature... je n'ai eu le temps que d'en lire une trentaine de pages, mais voilà, je suis prise et intriguée...alors que faire ? céder à l'humeur ambiante et le laisser dans l'oubli jusqu'à ce que je le retrouve par hasard, ou céder à l'appel et courir à la médiathèque demain ? (je ne vais quand même pas l'acheter....) A suivre...

Posté par Melmelie à 18:33 - Littérature - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

30 oct. 2009

La jeune fille à la perle (le film)

la_jeune_fille___la_perle_le_filmDu roman j'avais gardé une impression de bonheur, de cette plongée délicate dans l'univers du grand peintre, par la petite porte certes, mais avec un grand regard, et l'émotion douce de la contemplation défendue des grands chefs-d'oeuvre. Comment ne pas abîmer, altérer cela, en transposant cet univers dont la cohérence paraissait à la fois subtile, et fragile, au cinéma ? 

De la contemplation de l'affiche je tire cette simple réflexion : oui elle lui ressemble, mais cela suffira-t-il ?.. L'original est si beau, si intense, si mystérieux, qu'il semble que vouloir l'expliquer ou le narrer risque de briser la tranquille énigme posée par ce regard. Mais de tranquillité, de respect et de pudeur, il n'est question que de cela dans ce film, qui respecte à peu près l'histoire imaginée par Tracy Chevalier, mais sait aussi lui être infidèle pour laisser à l'image ou à l'ellipse, la coupure, le soin de déclencher l'imaginaire du spectateur. 

J'aime dans ce film en particulier son silence, qualité rare de nos jours dans le monde d'un cinéma qui préfère souvent tout expliquer de peur que l'image ne se suffise pas. J'aime sa lenteur - jamais source d'ennui, et surtout cette impression qu'elle donne au spectateur qu'il peut comprendre de lui-même ce qui réside dans les non-dits. Le réalisateur prend le parti de donner davantage de poids à ce que Vermeer peut sans doute éprouver envers sa servante, ce que jamais le roman ne laissait explicitement croire mais se contentait de suggérer. Ce n'est pas impossible, et ce n'est pas gênant, tant le film se centre davantage sur ce couple improbable que sur la création d'une atmosphère familiale, davantage privilégiée par le roman.

L'ensemble est sobre, mais esthétique; chaque scène semble trempée dans une palette veloutée, et les décors m'ont semblé bien moins artificiels que dans le Rembrandt de Charles Matton (1999) dont les arrière-plans en carton-pâte m'ont décidément trop gâté le plaisir du film.

rembrandtCe Rembrandt d'ailleurs, s'il brille par la présence et la ressemblance de son principal acteur (Klaus Maria Brandauer) avec l'original (davantage que la Griet de La jeune fille à la perle), est beaucoup plus ennuyeux, beaucoup plus linéaire, narratif, et beaucoup moins suggestif. La qualité de l'image est la même, mais l'intérêt n'y est que pour celui qui cherche une biographie sans surprise, une mise en images d'une vie et non une narration ou une re-création.

La jeune fille à la perle n'est pas qu'une simple mise en images, mais raconte avec l'image, par l'image, et c'est ce qui fait à mon goût sa réussite. Sans se substituer au roman avec lequel il ne prétend d'ailleurs pas rivaliser, je dirais qu'il le complète, ou le transforme - peut-être l'achève.

Posté par Melmelie à 14:35 - Cinéma - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

09 oct. 2009

En Pause

Pour plusieurs raisons, et avec grands regrets, je ne peux plus maintenir à jour ce blog. Je continue à lire cependant, et espère prochainement pouvoir reprendre un rythme plus soutenu !

A très bientôt :-)

Posté par Melmelie à 19:39 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

26 août 2009

U-Boot de Robert Alexis

Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire !

Vous retrouverez donc aussi cette chronique sur le site Chroniques de la rentrée littéraire qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération. Pour en savoir plus c'est ici.

uboot_robert_alexisLe titre du roman ainsi que l’illustration retenue pour la couverture – un officier marin, air nostalgique, tandis qu’au loin on devine le contour d’une île boisée – ne laissent guère de doute sur la thématique abordée par le récit : un navigateur (le narrateur) s’embarque à bord d’un sous-marin allemand doté de la technologie la plus avancée, le U-823 ; il s’agit d’un équipage nazi (l’action se déroule en 1945) dont la mission est étrangement tenue secrète pour tous, seul Koszalin, le commandant de bord, en a connaissance, et son comportement ne laisse pas d’être étrange, déroutant, inquiétant…

 

On dirait, à évoquer ainsi imparfaitement la trame globale du récit, qu’il va s’agir une fois de plus d’un récit de guerre (et de fait j’ai souvent songé aussi pendant ma lecture à l’un des rares films de sous-marins que j’aie jamais regardé avec plaisir, A la poursuite d’octobre rouge), un récit qui se complairait dans les termes techniques, militaires, avec d’abondantes descriptions de manœuvres et stratégies… mais il n’en est rien, et c’est sans doute l’une des forces de ce récit que de nous entraîner bien au-delà de nos attentes de lecture.

 

Il y a d’abord une poésie amère dans l’évocation que le narrateur fait du sous-marin ; avec, se tissant en toile de fond dans l’esprit du lecteur, l’image remémorée du Nautilus de Jules Verne suggérée par l’épigraphe du premier chapitre. L’appareil accède peu à peu, et de façon inattendue, porté par la justesse des évocations dont il fait l’objet, au statut de personnage. Fascination pour le narrateur, celui-ci y voit le reflet et la projection de ses pensées, de sa perception propre du monde à ce moment précis de son histoire, et toute la première partie du roman se fait dans cette appréhension particulière que le personnage construit de sa nouvelle demeure. Objet de curiosité et d’attente, quand soudain le sous-marin est perceptible aux yeux de l’équipage, sa dimension mythique ne fait plus de doute, et le récit de l’embarquement, puis de la plongée et de la navigation sous-marine, se fait avec cet arrière-fond mythologique commun à chaque homme. « Huit cents tonnes d’acier se mettaient en branle en formant autour de la coque un frémissement d’ébullition ; le bruit, profond, masqué par on ne sait quelle surface de matières fantastiques, n’en étaient que plus redoutable. Il produisait la peur et la fascination, l’émoi qu’on éprouve face à la démesure : montagnes cernées par l’orage, tempêtes fabuleuses, bêtes mythiques…Tout ce qui échappe aux proportions humaines trouvait soudain la possibilité d’un lieu. » (p. 28)

Moi qui ne suis guère sensible, et pas du tout attirée par les récits militaires ou de guerre, voici que je me trouve embarquée avec l’équipage et prise dans le vertige, l’excitation de tout un groupe face à une machine qui ne semble plus en être une mais un véritable monstre marin, et inquiète tout autant pendant la plongée vertigineuse et risquée qu’il tente… « Les tôles avaient crié un peu, simples chamailleries de cour de récréation. Elles poussaient maintenant des appels au secours, hallucinées par le ventre noir où elles s’engouffraient, que, terrifiés, nous imaginions s’ouvrir à chaque nouvelle stridence. » (p. 34)u_boot_VII_C

 

Ainsi se crée dans les premières pages cette atmosphère si particulière, si intrigante, et bien différente de ce que laissait présager le titre et la quatrième de couverture. Plus surprenant encore, le récit qui se met en place juste après rompt brusquement avec le récit de guerre qui semblait s’annoncer : quelques officiers dont le narrateur se retrouvent dans une petite pièce isolée et décident de se raconter, sans fard ni pudeur, leurs souvenirs d’enfance, leur vie d’avant la guerre. Et tout bascule à nouveau. J’avais déjà songé presque immédiatement à Julien Gracq en prenant en main à nouveau un livre sorti des éditions José Corti, et la mention complice d’un beau ténébreux à l’orée de ces pages de confidences me fait penser qu’un balcon en forêt ne devait pas être tout à fait inconnu de l’auteur. Le narrateur ne souhaite-t-il pas d’ailleurs, au tout début du récit, « qu’on oubliât [s]on refuge » ? « J’entendrais derrière la porte le claquement des bottes, mais personne ne songerait à me déranger ». Ainsi aurait pu s’exprimer Grange, heureusement reclus dans sa maison-forte, la comparant si souvent à un bateau sur l’immensité de la mer, se sentant capitaine d’un équipage isolé, abandonné, dépositaire d’une mystérieuse mission…

 

Les récits des confidences, s’ils forment une vraie rupture avec la trame narrative du roman, constituent en eux-mêmes des micro-récits qui cependant s’insèrent parfaitement dans l’ensemble, par la fluidité narrative qu’ils ont en commun avec le récit principal. Récits scandaleux, déconcertants, déroutants, ils constituent la raison d’être de ce curieux équipage, et permettent une véritable interrogation sur la nature humaine. Sans jamais quitter le récit de guerre, l’on ne peut pas dire qu’on y soit cependant en permanence, mais ces pauses narratives, loin de constituer une bouffée d’oxygène dans l’univers étouffant du sous-marin, ne font qu’en renforcer l’air amer et corrompu. Lorsqu’enfin on parvient à leur terme, et que toutes les pièces du puzzle soudainement se mettent en place, il est presque déjà trop tard ; pris dans le cours des événements, le lecteur et le narrateur ne peuvent plus que constater et suivre le fil. On pourrait croire que tout s’achève alors mais non : la dernière partie du roman nous mène là encore vers une destination inattendue et un tour à nouveau surprenant du cours de l’histoire.

 

Moins convaincue par l’issue du récit, qui m’a paru ne pas répondre exactement aux attentes qu’avait si justement su créer toute sa première partie, je dois néanmoins reconnaître que j’ai été vraiment séduite par un ouvrage écrit avec talent, prenant, dont le thème ou la trame ne m’attiraient pourtant pas a priori. Il n’est pas évident d’embarquer avec soi un lecteur dubitatif ; ici Robert Alexis y parvient sans difficulté, par la force d’un récit qui va saisir son lecteur justement là où il ne l’attend jamais. Un roman à connaître.

 

Je remercie chaleureusement Guillaume de Babelio et les éditions José Corti pour cet envoi.

Page suivante »