peurcontourLe titre intrigant - je le trouve vraiment poétique ;  petit format  et  légèreté : un soir j'ouvre, sans trop savoir à quoi m'attendre, ce petit ouvrage dans un moment choisi de désoeuvrement.  Et il y avait longtemps qu'un récit ne m'avait pas autant fascinée par l'intensité de sa narration.

Clément, jeune garçon de 14 ans, fils d'une avocate, divorcée, rentre chez lui après le collège et découvre un homme en train de saccager le bureau de sa mère. A partir de ce point focal décisif, plusieurs voies s'offraient à l'auteur, les pires comme les meilleures - mais Guillaume Guéraud sait sans nul doute où il mène son récit et vers quoi il veut nous entraîner, vers quel gouffre il veut nous faire basculer, sans espoir de retour. L'histoire de ce jeune homme terrorisé, paralysé par la peur, n'offre pas les clichés attendus, évite tous les écueils dans lesquels sans peine elle pourrait se heurter. Narrer comment prend naissance le traumatisme, comment se fixent les racines de la peur et de l'angoisse au plus profond de l'être, est une tâche délicate, mais ici tout se met en place simplement, posément. Le narrateur est un "jeune", il s'exprime dans son propre langage, mais la restitution de cette langue se fait sans artifice, sans ostentation, sans volonté de conquérir aucun lecteur particulier.

Lorsque tout semblé apaisé, vient le temps du stress post-traumatique : là encore, c'est avec une réelle simplicité que l'auteur nous permet de comprendre comment insidieusement ce mal ronge, prend place, s'étend à l'esprit. En fait non, on ne le comprend pas. On le vit presque avec ce personnage qui loin de n'être qu'un prétexte narratif, développe une vraie identité, une vraie psychologie. Il n'est pas besoin d'attendre une issue rassurante. Pas de grand sauveur, pas de justice vengeresse et manichéenne. Juste la réalité, simple, et brutale. Belle réussite.