9782221113042Moins que zéro est décidément un titre bien choisi. Il ne nous éclaire en rien sur le contenu ou le thème du roman, mais demeure suffisamment énigmatique pour que le lecteur intrigué décide d'ouvrir le livre et de se plonger dans cet univers bien étrange, dont on met quelques pages à bien comprendre exactement la composition, les personnages qui l'habitent, l'histoire - si histoire toutefois il y a.

L'on saisit par bribes les errances de cette jeunesse dorée - fils, filles d'acteurs, producteurs, stars du show-business sans doute - dont on ne saura finalement rien du tout : il n'est pas question ici de rédiger un roman à la sauce people de bas étage, mais bien plutôt d'en montrer l'envers du décor, l'immontrable. De partys en soirées, à l'atmosphère musicale dense mais sans jamais aucun rythme, aucune joie, sinon la transe mécanique de corps qui cherchent désespérément à combler le vide de leurs existences sans avenir à construire, les jeunes gens se croisent sans jamais réellement se voir ou se rencontrer. Les personnages regardent toujours MTV, dorment, sniffent quelques rails, errent de maisons en maisons, de places en places, qui se noient dans ce tournoiement incessant des ballets de voitures. Les conversations résonnent de cette terrible vacuité, de cette absence même de chose à dire, d'événement à raconter, de rêve à partager.

Le narrateur, s'il semble échapper à la spirale infernale qui conduit cette foule anonyme de célébrités en devenir vers une forme de déchéance, est le parfait miroir de cette génération complètement perdue, noyée dans la drogue et le sexe, dans la violence qui devient peu à peu la seule façon de ressentir quelque chose. Fantôme, ombre, âme évidée, il enregistre, observe, suit, telle une caméra objective posée sur un trépied, sans commentaire, sans autre réflexion que la vie elle-même dans ce qu'elle  a de plus absurde. Le lecteur s'agace, trépigne. Il ne se passe rien. L'éternel mouvement des choses sans but. Puis il advient enfin quelque chose - mais là c'est trop, trop d'éléments qui ne se peuvent regarder, et dont le narrateur détourne les yeux. La froideur de la narration équivaut à la brutalité de ce qui est suggéré ou parfois dit, tandis que l'on descend, toujours plus bas, et que le livre va à son terme.

De fait il est parfois difficile pour le lecteur de s'accrocher, de poursuivre sa lecture, et il faut par moments s'y efforcer, car l'on demeure du reste fasciné par la peinture de cette micro-société, qui n'a pas été sans me faire songer à plusieurs reprises à Requiem for a dream, dans ce même mouvement de spirale descendante amorcé presque dès le départ par un narrateur juste de passage, et dont on ne saura finalement rien. J'ai aussi songé à Mulholland Drive de Lynch, d'abord juste parce que le nom de cette voie y est mentionné, mais aussi pour cette construction comme par flashs émis dans un rêve, noyés tout autour par une brume des plus noires. Pourrais-je dire que j'ai pris du plaisir à cette lecture ? je ne le pense pas. Mais je ne pense pas qu'on le puisse, sinon le roman manque son but.

Merci à Blog-o-Book pour ce nouveau partenariat, qui m'a permis de décourvir cet auteur que je connaissais pas, sinon à travers l'adaptation du terrible American psycho. Merci aussi aux édition Laffont pour cet envoi, à l'occasion de la parution de Suite(s) Impériale(s), que les adeptes de l'auteur liront sans aucun doute avec empressement.