9782070367597FSJe lis très rarement du théâtre, parce que cette forme d'écriture, cet art en lui-même ne me touche pas beaucoup. Je n'y vais pas souvent, j'y éprouve un plaisir modéré, même si parfois le coeur s'emballe et l'esprit y est tout entier comme happé, lire une pièce relève pour moi de la gageure. Pourtant, avec le Voyageur sans bagage de Anouilh, la lecture s'effectue comme un bon roman, tant le style est fluide, et l'intrigue qui peu à peu se met en place, étrange et prenante.

Gaston est un soldat anonyme, amnésique au retour de la guerre, et on lui cherche une famille - ou plutôt, les familles recherchent leur cher disparu, projetant en lui tous les espoirs, toutes les folles espérances de retrouver l'enfant perdu. Mais lui, cela ne lui importe pas tellement, au fond, même si savoir ce qu'on a été, ce qui nous constituait vivant dans le regard et la mémoire de ceux qui nous ont connu, attise toujours une certaine curiosité.

Peu à peu, les éléments de son passé, de son identité, se mettent en place, et il faut bien qu'il reconnaisse en lui-même celui qu'il a été, et dont il ne se souvient pas. Et cette identité nouvelle, lui est totalement étrangère, il ne veut pas être cet homme-là, celui-là qu'on lui dépeint à travers des mots qui se veulent pudiques, mais qui sonnent comme autant de coups de poignards silencieux. Comment échapper à soi-même, comment se reconstruire sur des ruines dont on ne veut plus, comment, en somme, renaître de cendres à jamais oubliées ?

C'est en quelque sorte la question âpre posée par le dramaturge, et le spectateur, le lecteur, passant de l'anxiété au soulagement, et au questionnement final, ne peut qu'y réfléchir, dans cette durée indéterminée, ce temps que s'amoindrissent puis s'effacent, jamais complètement, les traces que la lecture d'une oeuvre réussie laissent en nous.

Une lecture qui me permet de participer à l'opération menée par Leiloona :

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