9782743620066FSOn en a parlé, on en parle encore, nul n'ignore plus ce titre qui sonne déjà en lui-même comme l'annonce d'un mystère. Happée par les sirènes et dans la certitude de ne pas être déçue, c'est néanmoins avec difficulté que je me suis plongée dans ce célèbre opus, sans rien avoir voulu en connaître auparavant, et la quatrième de couverture est d'ailleurs suffisamment succincte pour ne rien dévoiler d'essentiel. Les premières pages n'offrent rien d'extraordinaire, ne m'accrochent pas plus que cela, mais en même temps je ne m'ennuie pas, et c'est déjà ça, alors je poursuis ainsi pendant quelques jours, quelques pages par-ci par-là, sans trop savoir si je vais aller au bout.

J'ai de furieuses réminiscences de Vol au-dessus d'un nid de coucou qui me parasitent sans doute un peu (comme je n'ai pas vu la bande-annonce ni rien qui concerne le film, la moitié du visage de Di Caprio qui émerge de la récente couverture en poche ne suffit pas à me l'imposer, même si je me demande souvent s'il incarne Chuck ou Teddy) ; alors dans mon esprit j'accompagne plutôt Jack Nicholson sans vraiment y prêter attention, et je me demande si finalement tout cela ne va pas finir par me lasser.

Et puis me voici déroutée, peu à peu, par la tournure que prend le récit, l'histoire ne colle plus avec ce que je m'attends à lire, et plus je progresse, moins j'ai le sentiment de comprendre, et plus je m'inquiète. Je suis en train de me faire balader, c'est évident, et ça y est, me voici accrochée jusqu'au terme du récit, que je redoute et en même temps que j'ai hâte d'atteindre. Finalement, avec les bons polars, les vraiment bons, c'est toujours un peu la même chose : on frissonne, on ne veut pas savoir, et on veut absolument finir, tout en en redemandant encore. Une véritable soumission.

Que dire qui n'ait sans doute déjà été dit ? nous fonctionnons à plein, sans réserve aucune, et tout cela est vraiment mené d'une main sûre, ferme, élégante et habile. Un de ces polars qu'on a envie de relire alors même que l'on en connaît l'issue, parce qu'il ouvre sur l'univers fascinant de ce qui nous fait sans doute le plus peur, que cette vie-là ne soit que songe, et que le réveil soit brutal. Nous le savons, et nous le redoutons, que Tout n'est plein ici bas que de vaine apparence.. que veiller et dormir ont peu de différence ! Mais au fond n'est-ce pas là une allégorie intéressante de l'univers romanesque que nous proposerait l'auteur : vivre, pendant quelques jours, dans la peau d'un autre que soi, vivre d'autres vies que la sienne, et en jouir pleinement ? sans limites ?

Un de ces livres qui vous suivent. Longtemps.