Pablo, cinq ans, assiste au changement soudain et radical de la vie de sa mère, qui a décidé de devenir conteuse. A travers le regard de ce petit garçon, la transformation de cette femme est manifeste ; mais plus encore c'est la progressive découverte par cet enfant de ce qu'il se sent être, vouloir devenir, qui occupe la première partie du récit : clown.

le_fils_de_la_conteuseLes premières pages me semblent difficiles, je peine à rentrer dans cet univers si différent de ce que je connais. Et puis je suis séduite, conquise par cette voix narrative qui se cherche, semble à la fois si lucide et si aveuglée sur le monde qu'elle réflète : celui du spectacle itinérant, du conte, de ce monde qui bouge, en permanente évolution, en recherche constante. Une véritable plongée au coeur de cet univers qui me fascine autant que le narrateur, qui adolescent se cherche encore, dans ce rapport inévitable d'affrontement et de rivalité avec sa célébrité de mère. Impossibilité d'y échapper, et désir pourtant de se construire à part, en solo; certitude de ce qu'il veut être, et impossibilité d'y parvenir dans ce duo, ou duel, tête à tête permanent avec celle qui de tout son poids pèse sur celui, et pourtant lui donne l'envie fondamentale de s'accomplir enfin. Une restitution qui m'a parue si juste, si vraie, non seulement du processus de création (les textes et anecdotes qui ponctuent le récit sont autant de découvertes et de petits bonheurs), mais encore de cette difficulté d'exister quand on veut travailler dans le même domaine que sa propre famille.

Séduite par le style, j'ai aussi aimé l'énergie, la joie, l'humour qui se dégagent du récit, non exempts de mélancolie et de rage cependant parfois. Subtil mélange; un vrai plaisir de lecture.

L'auteur, Olivier Ka, tient un blog ici .